
Christophe BOUBAL
L’auteur de ces lignes a le plaisir et l’honneur de connaître NISHIMI depuis le commencement de ses succès en France, dans les années 1990. Il a assisté à la floraison d’un talent, à l’affermissement d’une démarche artistique absolument sincère et désintéressée, à la quête interminable d’une âme d’artiste à la poursuite des secrets de l’univers.
C’est dans les profondeurs maternelles du sol, dans les entrailles de notre planète que NISHIMI commence son exploration. Fasciné par l’aube de nos origines, il est bouleversé par la visite, dans la vallée de la Vézère et dans la Vallée des Merveilles, en France, des plus nombreuses et anciennes traces d’activité artistique que l’homme ait laissées sur notre planète. Profondément marqué par ces signes inscrits voici des dizaines de millénaires avant nous sur le rocher des cavernes, il retrouve en lui cet immémorial instinct créateur. Pour s’y conformer plus profondément, dans le même temps, il renoue avec l’art millénaire du papier, fabriquant lui-même sa pâte, la belle pâte nourricière dont il ne se passera plus.
Un grand artiste disait : « Je ne cherche pas, je trouve ! » En fait, cette formule est un peu trompeuse. Si l’on trouve, on ne travaille plus. Et le propre du véritable artiste est de ne jamais reposer ses pinceaux. On ne trouve pas, en vérité, on cherche toujours. NISHIMI cherche, lui aussi. Et quand il trouve, temporairement, cela donne une œuvre. Et puis il se remet à chercher, et voici une autre œuvre. Encore, et encore. C’est la magie de l’art, et son éternelle quête.
Des profondeurs du sol, NISHIMI a gagné l’air libre, il est monté vers les étoiles, il s’est pris de passion pour l’émerveillement de l’univers et pour la splendeur des aurores boréales.
Là-haut, tout au Nord, à Alta, en Norvège, le ciel se donne des féeries galactiques laissant loin derrière elles tous les spectacles bricolés par les humains. Le ciel se déchire de lumière et s’embrase en pleine nuit. Mais Alta c’est aussi le site où l’homme, voici des millénaires, sortant des profondeurs du sol et gagnant l’extérieur, a gravé sur la surface des roches en bord de mer, les milliers de dessins d’un trésor artistique unique au monde. C’est fidèle à sa mémoire ancestrale que NISHIMI, prenant la suite de ces premiers artistes, comme s’il était sorti de la caverne de l’histoire, ouvre les yeux sur ces miracles de la nature.
Son art en est vivifié, renouvelé, agrandi. La pâte à papier retranscrit, traduit, enregistre, telle une bande magnétique, l’effet de tous ces enchantements. La série grandiose des aurores boréales doit s’admirer en contrepoint des travaux qui l’ont précédée. On passe de la nuit de la terre à l’incendie du ciel nocturne. Et c’est dans ce spectacle qui dépasse toute mesure humaine que NISHIMI a découvert, qui l’y attendait depuis toujours, le petit personnage de son âme.
NISHIMI. NAISSANCE D’AMICHAN
Observant attentivement ses propres œuvres, NISHIMI a découvert que la peinture – la peinture matière – à l’échelle presque microscopique, laissait voir la répétition de la même forme, comme si, dans l’infra-perceptible, une petite âme était présente. Il s’est demandé : « Est-ce l’âme de la galaxie, qui vient me rendre visite et me remercie de la rechercher depuis si longtemps ? » La petite forme n’a pas dit non, et il a compris qu’elle s’appelle AMICHAN. AMI, du français « ami », qui signifie une présence bienveillante, qui ne nous abandonne jamais.
AMICHAN est la petite âme cosmique, qui existe depuis toujours et ne s’éteindra jamais. Elle connaît les plus grands secrets. Remontée du sein de la terre, elle visite, à tout moment, le cœur des vrais artistes. C’est pourquoi NISHIMI l’a enfin découverte, qui l’attendait depuis toujours sur sa route. AMICHAN attendait que NISHIMI arrive jusqu’à lui, et aujourd’hui la rencontre a eu lieu.
Les AMICHANS (car leur nombre est infini), petites créatures des origines et de la permanence de la vie, se déforment et empruntent tous les contours, ils sont les témoins de la vie universelle, dont ils nous transmettent la force impérissable et qui assistent, avec humour, à notre cheminement sous les étoiles.
C’est un honneur de connaître NISHIMI.
C’est une joie de contempler son œuvre, faite de recherche tenace et de réussite profonde.
Nous souhaitons ce bonheur à tous les visiteurs du Musée d’art moderne de Gunma.
Des grottes aux aurores boréales et aux constellations, il n’y a qu’un pas, si j’ose dire. Il suffit de sortir de l’obscurité de la caverne et de regarder l’obscurité plus profonde mais beaucoup plus vivante du ciel. C’est tout à fait relié. C’est le même étonnement et le même combat pour exister devant ce qui nous dépasse si infiniment. Et cela pousse certains, pour se faire plaisir, pour célébrer, à prendre des charbons de bois, à concasser des minéraux, à presser le jus de plantes et à dessiner.
Koji suit cette voie. Il en a, quelque part, retrouvé la tracepremière, encore fumante… Mais il est un japonais du XXIème siècle et il a dans la tête le goût des gadgets, des mangas, un sens du jeu très enfantin, qui s’amuse de lui-même en tournant en rond dans son obsession. Dans le ciel étoilé, ce n’est pas un taureau, un sagittaire ou une vierge qui incarnent pour lui la présence
magique des constellations. C’est une sorte de Tamagotchi, de Gibi (les Shadoks) sans chapeau : Amichan. Un alien (encore un !…). Je n’oserais pas dire que Koji a finalement trouvé sa propre image dans les étoiles : je ne voudrais pas me fâcher avec mon vieil ami.