La pierre – La caverne – Les Aurores Boréales – Les constellations

Didier BROUSSE / Galerie Camera Obscura

Ma rencontre avec Koji, vers 1985, a tout de suite été marquée par ce paradoxal sentiment de la proximité et de l’étrangeté, caractéristique peut-être de la relation entre deux personnes liées par une affinité profonde mais éloignés par la différence de culture et de langue. Je pense que nous étions arrivés à peu près au même moment à Paris, 2 ou 3 ans auparavant, et presque aussi étrangers l’un que l’autre à cette ville et à ses codes : lui, bien évidemment, venant de si loin, de Hiroshima, mais moi également, tant mon enfance et ma jeunesse campagnardes (Lozère, dans le
Massif Central) m’avaient peu préparé au métro.


Nous nous retrouvions peut-être sur ce terrain de l’exil, à la recherche d’éléments primordiaux, sensibles à ces choses qui fondent tellement une civilisation que seuls les étrangers, les aliens, les voient encore. Pour Koji, c’était la Pierre (pour moi, le métro). Venant d’un Japon de bois, la pierre lui semblait être le sujet à creuser en tout premier lieu pour créer son oeuvre d’exil.

La pierre l’aura mené aux grottes, évidemment ornées (Lascaux, sa passion), et à ces signes fascinants, déliés et puissants, tracés par d’autres aliens, perdus dans les temps immémoriaux. Koji a passé de nombreuses années à créer des matières semblables à la pierre, mais faites de papier (quel raccourci entre son pays d’origine et son pays d’adoption ! Une tentative de synthèse ?).


Des grottes aux aurores boréales et aux constellations, il n’y a qu’un pas, si j’ose dire. Il suffit de sortir de l’obscurité de la caverne et de regarder l’obscurité plus profonde mais beaucoup plus vivante du ciel. C’est tout à fait relié. C’est le même étonnement et le même combat pour exister devant ce qui nous dépasse si infiniment. Et cela pousse certains, pour se faire plaisir, pour célébrer, à prendre des charbons de bois, à concasser des minéraux, à presser le jus de plantes et à dessiner.


Koji suit cette voie. Il en a, quelque part, retrouvé la tracepremière, encore fumante… Mais il est un japonais du XXIème siècle et il a dans la tête le goût des gadgets, des mangas, un sens du jeu très enfantin, qui s’amuse de lui-même en tournant en rond dans son obsession. Dans le ciel étoilé, ce n’est pas un taureau, un sagittaire ou une vierge qui incarnent pour lui la présence
magique des constellations. C’est une sorte de Tamagotchi, de Gibi (les Shadoks) sans chapeau : Amichan. Un alien (encore un !…). Je n’oserais pas dire que Koji a finalement trouvé sa propre image dans les étoiles : je ne voudrais pas me fâcher avec mon vieil ami.